QUEL AVENIR POUR LES VILLES AFRICAINES DES ZONES ARIDES FACE A LA SECHERESSE, LE CHANGEMENT CLIMATIQUE ET LES CONFLITS VIOLENTS ?

Le changement climatique contraint déjà des millions de personnes à fuir leurs terres et leurs foyers, et en expose de nombreuses autres au risque d’un déplacement futur. Les tempêtes surpuissantes, les sécheresses plus intenses et plus longues, la montée du niveau des mers et d’autres impacts du changement climatique exacerbent les vulnérabilités existantes parmi ces populations et la probabilité d’un déplacement contraint…. Les personnes les moins responsables du changement climatique en sont les premières victimes, alors même qu’elles ont les ressources les plus faibles pour faire face à ces nouvelles réalités. L’incidence et l’impact disproportionnés des déplacements climatiques sont au cœur du cercle vicieux des inégalités : ils en sont une conséquence et viennent les renforcer. Oxfam International novembre 2017

Pour beaucoup d’entre nous, la crise syrienne évoque des images de familles bloquées aux frontières de l’Europe et de gigantesques camps humanitaires. Or, en réalité, ceux qui fuient la violence ont majoritairement trouvé refuge dans des villes en Syrie et dans les pays voisins, en quête de sécurité, de meilleurs services et d’emplois. La concentration de ces populations dans les zones urbaines, et non plus dans des camps, oblige à réfléchir aux meilleurs moyens de faire face au défi des déplacements forcés. Le problème ne se limite pas à la Syrie : il concerne nombre de pays touchés par un conflit au Moyen-Orient et ailleurs. La plupart des personnes déplacées ne vivent pas dans des camps : on estime que 80 à 90 % des populations déplacées dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) vivent dans des villes, contre 60 % au niveau mondial et 40 % il y a encore quelques années. Banque Mondiale, Décembre 2017 (Opinions)

LES ZONES ARIDES EN AFRIQUE CONCENTRENT LES IMPACTS NEGATIFS DU CHANGEMENT CLIMATIQUE ET DES CONFLITS VIOLENTS ANDEMIQUES

La Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) constitue, avec la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et la convention des Nations unies sur la diversité biologique, le triptyque des accords multilatéraux sur l’environnement, issues du Sommet de Rio de 1992. Elle a été adoptée à Paris en 1994 et est ratifiée par 196 États. Ces conventions créent un cadre de solidarité et de partenariat pour changer le destin de plusieurs millions d’êtres humains vivant dans des zones déjà soumises à des conditions climatiques difficiles et menacés par le fléau de la désertification.

Selon la Conférence des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement (CNUED, 1992), « la Désertification est la dégradation des sols dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches par suite de divers facteurs, parmi lesquels les variations climatiques et les activités humaines ».

Les facteurs naturels responsables de la désertification sont essentiellement d’ordre climatique : assèchement lent et progressif du climat, agressivité des pluies contre les sols, poussée de l’harmattan. Au-delà des conséquences économiques, la désertification exacerbe la compétition et les luttes pour l’accès aux ressources naturelles, qui se traduisent par des conflits culturels, ethniques et fonciers, ainsi que le démontrent les guerres qui ont secoué le Sahel et la Corne de l’Afrique au cours des vingt (20) dernières années. Mais aussi la réduction des produits de cueillette à l’exemple du karité au Burkina Faso où l’on a constaté une baisse constante de la quantité récoltée (en tonne) d’année en année depuis 1992, des plantes médicinales et de matières premières pour l’artisanat, etc. Les principales victimes sont les femmes et les couches pauvres des populations rurales.

A ces facteurs naturels responsables de la désertification, s’ajoutent les facteurs anthropiques dont les principaux sont l’agriculture et l’urbanisation. L’urbanisation avec la concentration des populations de plus en plus nombreuses dans des villes à croissance rapide, exerce une pression énorme sur les terres et les ressources naturelles. Pour Edgar Pieterse, 16 Mai 2022. Il est bien établi que la région africaine affiche le taux d’urbanisation le plus élevé au monde. Il est également bien connu que 90% de toute la croissance urbaine sera concentrée en Afrique et en Asie entre 2021-2050. L’urbanisation des deux prochaines décennies coïncidera avec de nombreuses tendances difficiles. Ils comprennent l’évolution technologique numérique rapide qui façonnera la compétitivité relative des économies nationales et régionales ; des catastrophes et des pressions liées au climat plus intenses et plus fréquentes ; la nature changeante du travail et des catégories professionnelles ; et une nouvelle bifurcation des régimes politiques à mesure que les gens gravitent vers diverses formes d’extrémisme, combinées au populisme. Dans l’ensemble, c’est une recette pour une profonde incertitude et des conflits.

Les conflits violents font la une dans le Sahel depuis 2013, date du déploiement de l’armée française au Mali pour lutter contre le terrorisme islamiste. Ces interventions se sont étendues aux régions du Niger, du Nigéria du Cameroun et du Burkina Faso où sévissent les groupes extrémistes. Pour les professeurs Bruno Charbonneau et Cédric Jourde, les causes profondes des conflits violents dans la région sont complexes et proviennent entre autre de dynamiques liées à l’ethnicité et aux catégories statutaires (« castes ») à l’échelle locale et à des revendications sociales, politiques et territoriales des peuples autochtones. Et selon Wikipédia, le Mouvement national de l’Azawad (MNA), créé en novembre 2010 et qui se définit comme « une organisation politique de l’Azawad qui défend et valorise la politique pacifique pour atteindre les objectifs légitimes pour recouvrer tous les droits historiques spoliés du peuple de l’Azawad », et le Mouvement touareg du Nord-Mali (MTNM), mouvement responsable de rébellions de 2006 à 2009, fusionnent le 16 octobre 2011 pour créer le MNLA. Plusieurs groupes d’ex-rebelles Touaregs ayant fui le Mali dans les années 1990 pour s’engager dans l’armée libyenne de Mouammar Kadhafi se sont joints au mouvement à la suite de la chute du régime libyen en 2011. Ils ont apporté avec eux un grand nombre d’armes, réactivant le conflit pour l’autodétermination de l’Azawad. De même, la majorité des membres de Boko Haram sont d’ethnie kanuri, à laquelle est associée l’ancien empire du Bornu. De nombreuses collectivités kanuri vivent de part et d’autre des frontières entre le Nigéria et le Niger, et entre le Nigéria, le Tchad et le Cameroun. Ces conflits terroristes très complexes sont imbriquées dans des dynamiques de conflits particulières. Toujours est-il que la région enregistre des attaques terroristes à Bamako en novembre 2015, à Ouagadougou en janvier 2016 et à Bamako et plus au Sud à Grand-Bassam en mars 2016, signifiant la propagation d’une violence d’inspiration islamiste. Ces groupes vivent d’une économie de la terreur, basée sur des trafics en tout genre, tels que les enlèvements d’occidentaux et des demandes de rançons, les vols de récoltes et de détails dans les villages sous contrôle, les exploitations minières illégales (orpaillage clandestin), etc. Toutes activités qui isolent des territoires entiers du contrôle des Etats et occasionnent des déplacements massifs de populations. La plupart de ces migrants ainsi que les migrants climatiques se déplacent pour la plupart vers les villes des pays sièges des conflits, mais aussi des pays côtiers.

URBANISATION FORCEE ET LES VILLES-REFUGE OU LES VILLES-RAMPART. UN APPEL A REPENSER EN PROFONDEUR LA PLANIFICATION ET LA GESTION DES VILLES DES ZONES ARIDES.

Selon le Centre d’études stratégiques de l’Afrique dans une publication en janvier 2022, en 2021, l’Afrique a subi un nouveau niveau record de violence islamiste, propulsé par une augmentation de 70 % de la violence liée aux groupes islamistes militants au Sahel. Cette violence des groupes islamistes militants demeure largement concentrée sur cinq théâtres ; le Sahel, la Somalie, le bassin du Lac Tchad, le Mozambique et l’Afrique du Nord, chacun comprenant des acteurs locaux distincts et des défis particuliers. En Afrique de l’Ouest ces violences sont à la base du changement de la gouvernance des Etas du Mali et du Burkina Faso avec le remplacement violent de gouvernements élus par des coups d’états militaires. Elles réduisent ainsi les capacités des Etats concernés et limitrophes à faire face aux impacts du changement climatique qui est réel. Obligés qu’ils sont de consacrer plus de ressources et d’énergie pour l’afflux de déplacés internes, la stabilité politique et préservation de leur sécurité.

Dans le même temps, le deuxième rapport Groundswell de 2021 de la Banque mondiale prévoie que le changement climatique pourrait conduire 216 millions de personnes dans six régions du monde (l’Asie de l’Est et le Pacifique, l’Afrique du Nord et l’Europe de l’Est et l’Asie centrale) à migrer à l’intérieur de leur pays d’ici 2050. La migration climatique vers les villes pourrait devenir la nouvelle norme, mais elle ne doit pas nécessairement devenir une crise. Une planification précoce et des investissements locaux pourraient aider les villes à se préparer aux nouveaux arrivants, notamment grâce à l’amélioration des services sociaux et des infrastructures. Si elle est bien planifiée et gérée, l’afflux des migrants peut créer des résultats positifs dans les zones urbaines, y compris des communautés et des économies plus dynamiques.

La prise en compte de la dimension urbaine dans la recherche de solutions adaptées au problème de l’immigration interne lié aux impacts du changement climatique, aggravés par des conflits violents dans les zones arides en Afrique, est incontournable. Ces phénomènes de déplacements forcés de populations dans les villes sont désignés par le terme d’urbanisation forcée.

 ·      ADAPTEE LA GOUVERNANCE URBAINE : IMPLIQUER LES MAIRES DANS LA GESTION DES MIGRANTS

Pour le « Mayors Migration Council (MMC) », une organisation de conseil et de plaidoyer dirigée par les maires et qui aide les villes à façonner les politiques nationales et internationales en matière de migration et de déplacement et dont la mission est de veiller à ce que les réponses mondiales aux défis urgents tels que les pandémies, le changement climatique, etc. reflètent et traitent à la fois les réalités sur le terrain au profit des migrants, des personnes déplacées et des communautés qui les accueillent, propose les actions suivantes :

‐       ACCÈS : Institutionnaliser l’accès formel des villes aux délibérations politiques nationales, régionales et internationales sur les réfugiés et les migrants.

‐       CAPACITÉ : Renforcer les compétences diplomatiques et la capacité de plaidoyer des villes afin qu’elles puissent façonner efficacement les décisions aux niveaux national, régional et international.

‐       RESSOURCES : débloquer, diriger et rediriger les flux de ressources vers les villes afin qu’elles puissent produire de meilleurs résultats sur le terrain.

‐       ACTION : Aider les villes à mettre en œuvre des solutions locales concernant les migrants et les réfugiés de manière efficace et à grande échelle pour accélérer les engagements mondiaux.

 ·      REPENSER LA PLANIFICATION ET L’AMENAGEMENT DES VILLES DES ZONES ARIDES

Arup est une société indépendante fondée en 1946 par le philosophe et ingénieur Ove Arup dans le but de changer la façon dont l’environnement bâti était conçu et construit. La série Cities Alive d’Arup donne un aperçu des tendances futures auxquelles les villes sont confrontées et de la meilleure façon de comprendre ces tendances pour façonner des villes plus durables. La publication « Cities Alive: Rethinking Cities in Arid Environments » porte sur les villes arides. Les milieux arides se caractérisent par une rareté naturelle de l’eau douce et des précipitations. Actuellement, les environnements arides couvrent plus de 30 % de la surface terrestre mondiale, un pourcentage qui devrait augmenter avec le changement climatique au cours du siècle à venir. Les villes de ces régions sont confrontées à des défis complexes tels que la pénurie d’eau, des infrastructures inadéquates, une croissance démographique rapide et les impacts sur la santé publique des effets des îlots de chaleur urbains. La planification et l’aménagement de ces villes doit respecter trois (3) principes fondamentaux :

Apprendre du passé et s’appuyer sur des éléments adaptés localement. La création de villes dans des environnements arides doit être adaptée pour répondre aux exigences spécifiques du climat local, tout en anticipant les futurs changements climatiques. L’architecture doit répondre aux conditions climatiques locales et non être un produit industriel standardisé comme un autre. L’architecte Burkinabé Francis Kéré qui a obtenu le prestigieux Prix Pritzker 2022 (équivalent du Prix Nobel en Architecture) par l’utilisation de matériaux répondant aux conditions climatiques locales prouve qu’on peut apprendre beaucoup de l’architecturale traditionnelle des environnements arides.

Investir dans des infrastructures vertes et bleues conçues pour fonctionner avec les systèmes environnementaux et écologiques locaux. L’intégration des infrastructures vertes et bleues dans la conception urbaine peut créer des environnements urbains plus sains, plus résilients et efficaces contre le changement climatique. A l’instar du projet de la « grande muraille verte », projet qui a été lancée en 2007 pour lutter contre la désertification, en créant une bande de végétation de Dakar à Djibouti. Ces ilots verts urbains y compris les toitures et murs végétalisés, doivent être constitués d’espèces végétales endémiques, mieux adaptées aux conditions du climat local. L’intégration des systèmes de gestion optimale des ressources en eau (souterraines, de surface et les eaux de ruissellement, etc.). En somme, imiter les oasis.

Concevoir des bâtiments et des espaces publics intelligents qui peuvent répondre aux besoins des personnes dans un climat changeant. Des technologies telles que la surveillance des données, l’Internet des objets et les appareils en réseau, l’Intelligence Artificielle, etc., peuvent contribuer à optimiser les performances des bâtiments et des espaces publics. Ces technologies peuvent également aider les décideurs urbains à réaliser des économies d’énergie etc.

 LA CONVENTION DES NATIONS UNIES SUR LA LUTTE CONTRE LA DESERTIFICATION (UNCCD) ET LA COP15 A ABIDJAN. THEME « TERRE. LA VIE. HERITAGE : DE LA RARETE A LA PROSPERITE »

·      ATTEINDRE LA NEUTRALITE EN MATIERE DE DEGRADATION DES TERRES

Établie en 1994, la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD) est le seul accord international juridiquement contraignant liant l’environnement, le développement et la promotion de sols sains. Les 195 Parties signataires de la Convention (194 pays et l’Union européenne) œuvrent pour réduire la pauvreté dans les zones arides, maintenir et restaurer la productivité des terres et atténuer les effets de la sécheresse.

La convention a organisé la COP 15 à Abidjan du 09 au 20 Mai 2022. Elle a réuni plus de 7 000 participants venus de 196 pays+ l’Union européenne. La déclaration finale d’Abidjan s’engage :

‐       pour la restauration d’un milliard d’hectares de terres dégradées d’ici à 2030 ;

‐       pour le renforcement de la résilience face à la sécheresse en identifiant l’expansion des zones arides ;

‐       pour combattre les tempêtes de sable et de poussière, des incendies de forêt et d’autres risques de catastrophes croissantes ;

‐       Pour s’attaquer aux migrations forcées et aux déplacements provoqués par la désertification et la dégradation des terres ;

Cette déclaration est surtout Marquée par l’héritage d’Abidjan dénommé Abidjan Legacy Program qui a obtenu finalement un financement de 2,5 milliards de dollars contre 1,5 milliard attendu.

Comme dans toutes les conventions des Nations Unies où les membres statutaires sont les Etats nations, les Collectivités Locales et les villes ne sont pas ciblées explicitement comme bénéficiaires des actions retenues. Toutefois, une perspective urbaine ou une territorialisation ou encore une localisation des actions dans la mise en œuvre pour atteindre la neutralité en matière de dérations des terres ne doit être occultée.

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