L’AFRIQUE PEUT-ELLE SAUTER DES ETAPES ET PASSER DU ROLE DE FOURNISSEUR DE MATIERES PREMIERES A LA 4EME REVOLUTION INDUSTRIELLE ?

Les Émirats arabes unis sont le premier pays au monde à créer un Ministère chargé de la stratégie nationale en matière d’Intelligence Artificielle (IA), une Université spécialisée dans l’IA et un évènement annuel « GITEX Future Stars » consacré à l’innovation technologique à Dubaï et incluant tous les acteurs des start-up du monde entier. Derrière la création de l’émirat se cache la noble ambition d’être le leader mondial de l’IA avec l’objectif d’augmenter le PIB des EAU de 25% d’ici 2031, selon Bloomberg Markets and Finance.

Le Nigérian Abdulhakim Bashir a remporté le prix du « Best AI Startup » au GITEX Supernova, édition 2019 à Dubaï. Son produit « CHINIKI GUARD » apporte une solution innovante permettant de réduire le taux de vols à l’étalage dans les lieux publics, en utilisant l’Intelligence Artificielle. Il a remporté le meilleur prix dans sa catégorie IA, contre 750 autres startups venant du monde entier. Pour lui, l’IA est encore au stade de développement (R&D) et n’importe quel pays au monde peut encore prétendre en prendre le leadership s’il y met le prix.

EN ATTENDANT LA QUATRIEME REVOLUTION INDUSTRIELLE EN AFRIQUE

Popularisée par le Pr. Klaus Schwab et le « World Economic Forum », la 4ème révolution Industrielle s’inscrit dans le prolongement du tournant digital. Elle se définit par deux mouvements convergents : une mobilité permanente (généralisation d’internet sous sa forme mobile, capteurs toujours plus petits, plus puissants et moins chers) qui s’étend jusqu’à l’intégration de la technique dans l’homme lui-même (variante possible de la biologie augmentée) et apparition de l’intelligence artificielle venant bouleverser notre société dans ses fondements.

Pour les experts, la collaboration entre l’homme et les robots qui peuvent être programmés pour réaliser des tâches complexes et non répétitives sera le point d’inflexion de la 4ème révolution industrielle. Aujourd’hui, les robots exécutent les tâches les moins complexes et les plus répétitives. Il est important de noter aussi que les entreprises n’augmenteront leurs investissements dans l’automatisation que lorsque le coût de la main-d’œuvre sera supérieur au coût des robots. Pour le think tank ODI, dans le cas de l’industrie du meuble, les robots deviendront moins chers que la main-d’œuvre américaine en 2023. Nous pensons qu’à partir de 2030, les technologies du digital intègreront massivement l’industrie faisant de la quatrième révolution industrielle une réalité tangible. En attendant, peu de pays font la course en tête dans l’innovation des technologies digitales.

·      DEUX PAYS ABRITENT L’ENSEMBLE DES PLATEFORMES NUMERIQUES LES PLUS INFLUENTES DU MONDE ; GAFAM et NATU AUX ETATS-UNIS ET BATX EN CHINE

Ces deux pays à l’instar des pays industrialisés ont tous, sans exception, suivi le même processus de développement : d’abord le développement de l’Agriculture ou la révolution verte (AGRICULTURE), ensuite le transfert des ressources vers l’Industrialisation (USINES) et l’Urbanisation (VILLES) et enfin la prédominance des Services (BUREAUX). La Chine est le dernier exemple en cours. Ce pays est passé de l’usine du monde à une puissance technologique à part entière et fait la course en tête avec les Etats-Unis dans l’innovation des technologies du numérique. Les plateformes numériques sont les figures publiques de cette innovation et les leaders incontestés du monde du digital, avec la 5G, Intelligence Artificielle (IA), les technologies du « Cloud », la robotique, l’impression 3D, l’Internet des objets, les véhicules autonomes, etc. Cette poignée de mastodontes, omniprésent partout dans le monde, ne sont localisés que dans deux pays, les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) et NATU (Netflix, Airbnb, Tesla et Uber) pour les États-Unis et les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi, auxquels on pourrait ajouter Huawei) pour la Chine.

Cependant, selon les experts, les technologies du numérique (Internet) ne sont pas source d’une forte croissance économique comme l’industrialisation. Malgré leur appropriation depuis l’an 2000 et leurs impacts dans presque tous les secteurs de l’activité économique, la croissance économique mondiale n’a pas connu le niveau de croissance du temps des révolutions industrielles. On a noté que la productivité est en baisse malgré tous les efforts pour innover.

Pour Olivier Scalabre, les technologies digitales ne sont pas encore largement appliquées à l’industrie. C’est la mise en œuvre de ces technologies dans l’industrie qui va entraîner la 4ème révolution Industrielle, source de croissance et de prospérité collective et individuelle.

·       REDUIRE LA FRACTURE NUMERIQUE ET RENDRE LES COMPETENCES DU 21ème SIECLE ACCESSIBLES A TOUS EN AFRIQUE.

Dans la chaîne de valeur industrielle mondiale, l’Afrique est reléguée dans un rôle de fournisseurs de matières premières naturelles et/ou agricoles à l’Asie (Chine, Inde, etc.) qui produit la plupart des biens de consommation pour les économies les plus développées et le reste du monde. En matière d’industrialisation, l’Afrique a pris du retard. Ces dernières décennies, c’est autour de l’exportation des matières premières à l’état brut qu’a tourné l’économie du continent. Laissant à d’autres régions du monde, Asie du Sud-Est en tête, tout le loisir de prendre le leadership du secteur.

La concentration des économies autour d’une poignée de cultures de rente (Cacao, Café, Coton, Noix de Cajou, etc.) et des ressources minières (pétrole, or, etc.) a rendu le continent dépendant de l’extérieur pour nourrir ses villes avec des importations de produits alimentaires de base d’environ 35 milliards de dollars US par an. Ces importations maintiennent l’agriculture vivrière dans un état de sous-développement avancé, caractérisé un sous-investissement chronique, une faible productivité, une faible compétitivité et un exode massif des actifs vers les villes. Ces jeunes qui ne peuvent vivre décemment de leur travail en milieu rural, viennent grossir le rang des travailleurs du secteur informel dans les villes africaines. Cet exode contribue à amplifier le phénomène d’urbanisation qui se fait sans industrialisation. L’utilisation massive des progrès des technologies du numérique peut-elle changer la structure des économies des pays africains ?

 o  LES TECHOLOGIES DU NUMERIQUE ET LE DEVELOPEMENT DURABLE EN AFRIQUE

Selon une publication du « World Economic Forun », les technologies sont le moteur du développement: les données satellitaires, l’intelligence artificielle et le cloud computing sont utilisés pour détecter l’exploitation minière illégale, lutter contre la déforestation et gérer les ressources en eau douce; les drones et l’apprentissage automatique augmentent les rendements des cultures; l’apprentissage en ligne rend l’éducation moins chère et plus accessible; et les réseaux intelligents et les panneaux solaires apportent de l’électricité aux zones rurales mal desservies.

Si elle est bien gérée, la numérisation peut ouvrir de nouvelles voies pour l’intégration régionale, le développement économique et la prospérité. Cependant, les gains de la quatrième révolution industrielle sont inégalement répartis, à la fois entre les pays et à l’intérieur des pays. Les recherches de l’ODI montrent que, si l’expansion de la pénétration d’Internet a augmenté la productivité de 11% dans les pays à revenu intermédiaire, l’impact dans les pays à faible revenu n’est que de 3%.

o  DEVELOPPER L’ACCES A INTERNET POUR RENFORCER L’IMPACT DES PROGRES TECHNOLOGIQUE A L’INDUSTRIE

Selon un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) publié en mars 2021, sur les 1000 nouvelles technologies ou modifications de technologies existantes qui ont été développées dans le monde pour cibler différents domaines de la réponse contre la COVID-19, la part de l’Afrique représente 12,8% des innovations. En Afrique, 57,8% des technologies étaient basées sur les TIC, 25% étaient basées sur l’impression 3D et 10,9% concernait la robotique. Les innovations basées sur les TIC comprennent les chatbots WhatsApp en Afrique du Sud, les outils d’auto- diagnostique en Angola, les applications de recherche de contacts au Ghana et les outils d’information sur la santé via le mobile au Nigeria. Les pays les plus innovants sont l’Afrique du Sud (13%), le Kenya (10%), le Nigéria (8%) et le Rwanda (6%).

En fait, la relation entre l’accès à Internet et le bien-être des ménages en Afrique est forte : une étude de la Banque Mondial menée au Sénégal a associé la couverture Internet 3G à une augmentation de 14% de la consommation et une baisse de 10% de la pauvreté.

Globalement, par rapport aux pays développés, la croissance de l’économie du numérique a été plus élevée dans les pays en développement. Toutefois, le constat est que les pays africains sont confrontés à une fracture numérique persistante par rapport aux pays développés

La fracture numérique du continent est dû essentiellement à son déficit chronique en infrastructures dont les infrastructures et services de TIC. Le déploiement de la fibre optique entre les pays africains, sur tous les territoires nationaux et jusqu’aux domiciles est encore embryonnaire. A cela, il faut ajouter les déficits en infrastructures de transport, support des câbles de fibre optique et des infrastructures d’électricité sans lesquelles aucun appareil ne peut fonctionner.

Aux infrastructures physiques, s’ajoute la nécessité de développer de nouvelles compétences. La technologie augmentant à un rythme plus rapide que les compétences, le risque d’inadéquation des compétences augmente également. Pour accroître l’impact de la technologie du numérique sur le développement, il est essentiel que les pays africains développent des compétences adaptées. Cela implique de réviser et de réorienter le programme d’études des établissements d’enseignement africains autour de matières scientifiques, technologiques, d’ingénierie et de mathématiques. Une attention particulière doit être accordée à l’enseignement et à la formation techniques et professionnels (EFTP), et de meilleures collaborations entre les secteurs public et privé sont indispensables.

Ces compétences générales, doivent être renforcées par le développement de capacités spécifiques pour faire face aux risques liés aux cyber attaques. Quatre grandes catégories d’activités de sécurité méritent une attention particulière : l’espionnage et le piratage des données stratégiques, le sabotage des infrastructures critiques, le crime organisé et la sécurité militaire. L’absence de ces capacités peuvent entrainer la ruine des acquis que fournis les compétences d’ordre général.

o  LA 4eme REVOLUTION INDUSTRIELLE VA DYSLOQUER LA CHAINE DE VALEUR INDUSTRIELLE GLOBALE EN COURS

Pour Oliver Scalabre dans son TED talk 2016, annonce que la mondialisation entrera dans une nouvelle ère. Le commerce Est-Ouest sera remplacé par des flux commerciaux régionaux. Est vers l’Est, Ouest vers l’Ouest. Quand on y pense, l’ancien modèle était vraiment illogique. Accumuler les stocks, transporter les produits à travers le monde avant qu’ils n’atteignent le consommateur final. Le nouveau modèle, basé sur la production à proximité du consommateur, sera bien plus propre, bien mieux pour notre environnement. Dans les économies développées, l’industrie sera de retour au pays, créant plus d’emplois, plus de productivité et plus de croissance. 

Le maître mot est la relocalisation des industries. Tout d’abord, les usines seront rapatriées près des centres de consommation. Elles seront plus petites, flexibles et offriront des produits personnalisés. La taille n’importe plus, mais la flexibilité. Elles seront basées sur le multi-produits, la fabrication sur commande. Le changement sera radical. 

Mais il y a un problème avec la croissance — elle ne se crée pas automatiquement. Les économies développées doivent l’entretenir. 

o  10 ANS POUR CONSTRUIRE UNE BASE INDUSTRIELLE SOLIDE ET MODERNE

L’horizon 2030 sera probablement la nouvelle ère où les nouvelles technologies du numériques seront largement diffusées dans l’industrie et en en changeront radicalement la manière de produire et de vendre. Le monde est à dix (10) années de cette destination et les coûts de productions dans le secteur industriel des pays émergents sont à un niveau qui les contraignent déjà à la délocution. L’Afrique devrait profiter de cette fenêtre pour s’engager résolument dans la fabrication axée sur l’exportation, à forte intensité d’emploi et à plus forte valeur ajoutée. C’est une opportunité liée au fonctionnement de la chaîne de valeur industrielle mondiale dont il faut profiter absolument. D’ailleurs, l’analyse des effets dévastateurs sur l’économie africaine de la récente pandémie de Covid-19 a permis d’identifier trois secteurs clés à développer dans les efforts de reprise économique. Il s’agit de la production pharmaceutique accélérée sur le continent à l’instar de l’Inde d’une attention accrue à l’agro-industrie et l’autosuffisance alimentaire et l’utilisation renforcée des progrès technologiques.

Pour y arriver, les secteurs d’investissements stratégiques restent les mêmes que pour amorcer la transition vers le numérique. Il s’agit des secteurs des infrastructures et services de transport, de l’énergie et des TIC. En effet, des améliorations des infrastructures de base ; Une alimentation électrique, des télécommunications et des routes fiables, combinées à une approche ciblée pour le renforcement des capacités industrielles sont indispensables.

Mais il y a un problème avec la croissance — elle ne se crée pas automatiquement. Les pays africains doivent l’entretenir. 

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