MIS A GENOUX PAR LA COVID-19, LE SPORT POURRAIT ETRE UN SECTEUR CLE DE LA RELANCE ECONOMIQUE EN AFRIQUE

« Pour que dix soient capables de prouesses étonnantes, il faut que cent fassent du sport de façon intensive et que mille pratiquent la culture physique ». Le baron Pierre de Coubertin, fondateur des jeux olympiques

Selon David van Bodegom (Médecin, scientifique sur le vieillissement au centre de connaissances de Leyden Academy), quand il s’agit du vieillissement, les riches et pauvres ne sont pas logés à la même enseigne. Les 20% de la population la plus riche du Pays-Bas, bénéficient de 19 années de vie en bonne santé et 7 années de plus que les pauvres, grâce à leur mode de vie, basé sur des exercices physiques régulières et une alimentation adaptée.

UN SECTEUR ECONOMIQUE DYNAMIQUE LARGEMENT IGNORE SUR LE CONTINENT

Pour le baron Pierre de Coubertin, pour être opérationnels, les choix en matière de politique nationale des sports doivent plutôt viser le sport de masse, c’est-à-dire, le relèvement du niveau de vie global des populations, seule condition pour que tous les besoins de pratiques physiques et sportives soient pris en compte. De plus, le sport de masse favorise aussi la recherche de la performance, entraînant une contribution des Activités Physiques et Sportives au développement économique des pays en Afrique. Activité multidimensionnelle par excellence, la dimension « éducation » du sport permet la prise en compte des jeunes du primaire au niveau universitaire. Mais c’est la dimension « santé et bien-être » qui concerne l’ensemble de la population qui permettra aux politiques publiques de déployer et de réguler les projets de sport de masse et en tant que loisir et de renforcer le développement global de la société. De plus, le sport, secteur médiatique par excellence contribue à renforcer le prestige de l’Afrique ainsi qu’à rapprocher les athlètes de haut niveau de ceux des autres continents.

  • L’ACTIVITE PHYSIQUE ET SPORTIVE, UNE PRIORITE DE SANTE PUBLIQUE

Deux milliards de personnes supplémentaires vivront dans des villes d’ici 2050, 80% de cette croissance urbaine aura lieu en Afrique et en Asie. L’Afrique fait donc face à un changement profond dans l’évolution de sa population. Le continent a la population la plus jeune de la planète ; 70% de sa population a moins de 30 ans. Dans le même temps, cette population se concentre de plus en plus dans les centres urbains. Ces deux transitions à savoir la transition urbaine et la transition démographique s’accompagnent d’opportunités mais aussi de grands défis. L’un de ces enjeux auquel il faut faire face, après la pandémie à COVID-19, est le phénomène de la sédentarité lié à la vie urbaine. Le niveau de sédentarité s’est considérablement accru dans de nombreuses grandes villes en Afrique, avec des conséquences majeures pour la santé générale des populations, tant au niveau de la prévalence de maladies non transmissibles (maladies cardio-vasculaires, diabète, cancers) que de leurs facteurs de risque (hypertension, glycémie, surcharge pondérale), etc.

Les experts admettent désormais que la pratique d’une activité physique régulière réduit les risques associés à de nombreuses maladies chroniques. Ainsi, la promotion de l’activité physique est devenue une priorité de santé publique dans les pays développés et anciennement urbanisés et fait l’objet de recommandations des autorités sanitaires internationales. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’inactivité physique est considérée comme le 4ème facteur le plus important de risque de mortalité. Il est estimé qu’elle est responsable à elle seule de 6% des décès dans le monde. Le manque d’exercice est aussi la cause de 22% des maladies cardiaques et d’autant de cancers du côlon. L’OMS a ainsi relevé les principaux faits de l’activité physique et la quantité d’activité physique recommandée (la durée moyenne de pratique hebdomadaire des exercices physiques selon les tranches d’âges des populations) dans une publication en novembre 2020 :

  • L’activité physique est très bénéfique pour la santé du cœur, du corps et de l’esprit ;
  • L’activité physique contribue à la prévention et à la prise en charge des maladies non transmissibles telles que les maladies cardiovasculaires, le cancer et le diabète ;
  • L’activité physique réduit les symptômes de dépression et d’anxiété ;
  • L’activité physique améliore les capacités de réflexion, d’apprentissage et de jugement ;
  • L’activité physique garantit une croissance et un développement sains chez les jeunes ;
  • L’activité physique améliore le bien-être général ;
  • Un adulte sur quatre dans le monde ne pratique pas une activité physique aux niveaux recommandés à l’échelle mondiale ;
  • Jusqu’à 5 millions de décès par an pourraient être évités si la population mondiale était plus active ;
  • Les personnes ayant une activité physique insuffisante ont un risque de décès majoré de 20 % à 30 % par rapport à celles qui sont suffisamment actives ;
  • Plus de 80% des adolescents dans le monde n’ont pas une activité physique suffisante.

  • COMMENT LE SPORT SOUS TOUTES SES FORMES PEUT BOOSTER LE DEVELOPPEMENT EN AFRIQUE ?

Le sport, un marché ? oui ! Un véritable secteur devenu pourvoyeur de croissance. Le marché mondial du sport génère en effet jusqu’à 700 milliards de dollars par an, soit près de 1% du PIB mondial, avec une croissance moyenne annuelle de 4%, selon le cabinet de conseil en stratégie situé à Chicago, AT Kearney.

Dans son post sur LinkedIn en juillet 2019, Olivier Cheviyer souligne le fait que le Plan d’orientation stratégique 2018-2022 de l’AFD fait du sport un vecteur de sa politique de développement en Afrique. Pour cette institution, responsable de l’investissement public de la France dans le monde et en Afrique, le sport ouvre la voie à une dimension économique capable de modifier complètement l’image et la réalité même du continent africain.

Selon les analystes, l’économie du sport est structurée par trois domaines en pleine expansion à l’échelle mondiale :

  • Le marketing sportif

Qui englobe les activités évènementielles, qu’elles soient d’envergure mondiale ou locale, et les activités de sponsoring, utilisées par les marques pour développer leur notoriété. Ce secteur représente 20% du marché.

  • Le marché des produits liés au sport

Qui comprend les équipements spécifiques, les chaussures, les textiles et accessoires divers. Les principaux acteurs sont représentés par les équipementiers, les grands distributeurs généralistes, mais aussi les distributeurs spécialisés. Cet univers est actuellement en pleine transformation, notamment avec l’apparition de plateformes digitales spécialisées, et représente environ 30% du marché.

  • Les organisations de sport et la gouvernance du sport

Qui se rapportent à tous ceux qui organisent et gouvernent le sport : fédérations, ligues, clubs, syndicats, pouvoirs publics et acteurs du tourisme sportifs. Ce secteur correspond à lui tout seul à 50% du marché du sport.

En résumé, selon une étude de PricewaterhouseCoopers, le marché du sport fait d’abord référence à la billetterie, au sponsoring, aux droits médias et au merchandising (principalement les ventes de licences par les clubs, fédérations, …).

Selon une enquête du Centre international d’étude du sport (CIES), les joueurs africains représentent 23 % de l’ensemble des joueurs de première division en Europe. En Asie, la proportion atteint 27 %. Plus de 6000 mineurs quittent « chaque année l’Afrique pour tenter leur chance à l’étranger » selon l’ONG Foot Solidaire. Le talent existe donc bien dans tous les pays africains. Mais selon Sportanddev.org, plusieurs recherches montrent que les investissements sportifs dans les pays en voie de développement sont bien moins importants que dans les pays industrialisés. En effet, de manière générale, le développement du sport n’est pas considéré par les gouvernements du Sud comme un impératif à incorporer dans le budget national. Les pays moins développés ont des difficultés à valoriser le talent de leurs meilleurs athlètes et/ou ont tendance à les perdre au profit de nations plus influentes dans le sport mondial.

  • PASSER DE L’ORGANISATION D’EVENEMENTS SPORTIFS PONCTUELS A DES STRATEGIES DE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE PAR LE SPORT

Quel est le secret de la CROATIE, demie finaliste de la coupe du monde en Russie 2018 face à la France ? Et devant des nations de football comme le Brésil et des pays développés aux championnats parmi les plus prestigieux au monde, comme l’Allemagne, l’Italie, la Grande Bretagne, l’Espace, etc. Comment un aussi petit pays que la Croatie, économiquement fragile, peut produire autant de champions dans des disciplines si variées ? Talent, passion, abnégation, patriotisme et terrains de sport dans toutes les cours d’écoles, énumèrent les intéressés.

Lorsqu’une ville ou une région accueille les Jeux Olympiques, elle peut utiliser la dynamique créée comme une occasion pour entreprendre des reformes de modernisation du secteur du sport. Ainsi la France qui se prépare à accueillir les Jeux olympiques et paralympiques à Paris en 2024, en a profité pour modifier la gouvernance du sport par la création d’une Agence Nationale du Sport et proposé un projet de loi « Sport et société » pour la promotion du sport pour tous et qui s’articule autour de trois grands thèmes : développer les moyens du sport dans les territoires, améliorer la gouvernance du sport et renouveler ses modèles de financement.

En Afrique, l’organisation d’événements sportifs majeurs de portée internationale pour lesquels il faut candidater, comme la Coupe du Monde de football ou de Rugby en Afrique du Sud, la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) ou le Championnat d’Afrique des Nations (CHAN), les jeux de la Francophonie, etc., sont les principales occasions pour construire ou pour réhabiliter des stades aux normes internationales dans les villes qui abritent ces événements. L’organisation de ces évènements imposent des investissements dans des secteurs connexes tels que l’alimentation électrique (raccordement des stades au réseau électrique), l’accueil et l’hébergement (construction de centres d’hébergement, villages ou hôtels, etc.), les transports, la sécurité et les médias avec obligation de l’installation de matériels devant servir d’Arbitrage par Assistance Vidéo (VAR en anglais).

Ces événements ont la capacité d’engendrer des retombées positives, que ce soit sur les plans financiers, sociaux ou de l’image pour la destination des villes et du pays hôtes. Mais les experts estiment que les grands événements sportifs n’auraient en eux-mêmes qu’un intérêt économique limité et éphémère s’ils ne permettaient pas d’encourager la pratique sportive de masse.

Une stratégie de développement du sport en Afrique peut s’articuler autour des trois axes qui sont, le développement du sport scolaire et universitaire, le renforcement de l’encadrement du sport de compétition et de haut niveau et réguler et appuyer l’essor du sport de masse et de loisir.

  • DEVELOPPER LE SPORT SCOLAIRE ET UNIVERSITAIRE

Tous les experts s’accordent pour dire que le développement du sport national ne peut prospérer sans un accent spécial porté au développement du sport scolaire et universitaire. C’est à ce niveau que les jeunes talents sont détectés, formés et suivis en vue d’alimenter les pratiquants du sport de haut niveau. C’est aussi l’occasion pour les pays de construire les équipements de sport scolaires et universitaires nécessaires et de former les cadres administratifs et d’encadrements qui sont encore en nombre très insuffisant pour le moment.

  • Renforcer le développement du Sport de compétition et de haut niveau

Disposer de plus de centres de formation d’athlètes de haut niveau en Afrique avec les équipements de pointes requis, former ou recruter des coaches et des encadreurs qualifiés, sont autant d’activités qui encore peu développés en Afrique. Le sport de haut niveau va de pair avec la médecine du sport un secteur à renforcer (médecins, kinésithérapeutes, etc.). La détection et la formation des jeunes talents se font de plus en plus dans des centres de formation ou académies et en partenariat avec des clubs des pays développés qu’il faut encadrer et réguler. En effet, selon Sportanddev.org, dans les pays en voie de développement, deux scénarios se profilent en matière de transfert international d’athlètes : les joueurs sont soit enrôlés dans des clubs officiels liés à une association nationale de football, soit ils jouent pour des associations sportives non-affiliées. La seule chance pour les joueurs non-affiliés d’obtenir un accord de transfert international est d’entrer dans des réseaux informels d’agents de joueurs, ce qui forme un marché clandestin du travail dans le football.

Mais aussi renforcer et soutenir les médias spécialisées dans le sport (magazines, journaux, tv, radios, etc.)

  • ACCOMPAGNER L’ESSOR DU SPORT DE MASSE ET DE LOISIR

Le développement d’une classe moyenne en Afrique a favorisé le développement d’un marché local de sport de santé ou de bien-être ; fitness, etc. Accompagner ce secteur en pleine croissance par la formation des professionnels du sport, la formation des gestionnaires de salles de sport, la facilitation pour l’acquisition du matériel du sport, etc., l’encadrement de ce secteur d’activité sont autant d’activités à développer ou à renforcer. Le sport santé concerne aussi le grand public pour la prévention et/ou la prise en charge des maladie chroniques (diabètes, Hypertension artérielles, etc.). La construction d’équipements sportifs de proximité, l’aménagement des villes pour le sport, avec la création de pistes cyclables ou des trottoirs qui favorisent la marche, etc., sont pour ce faire indispensable et nécessitent l’engagement des maires et autre autorités locales des villes et communes des pays.

  • LE SPORT AU SERVICE DU DEVELOPPEMENT ET L’AGENDA 2030

Le sport est un outil de développement reconnu et promu au niveau des instances de l’ONU. En 2003, l’Assemblée générale des Nations Unies (ONU) a adopté la résolution (58/3) : « le sport comme moyen pour promouvoir l’éducation, la santé, le développement et la paix ». Il appelle ses États membres à utiliser le sport de manière plus intensive pour atteindre les objectifs de développement. Deux ans plus tard, 2005 a été déclarée Année internationale du sport et de l’éducation physique.

Selon le site web https://www.sport-for-development.com/home, le sport est également un vecteur important du développement durable. Nous reconnaissons la contribution croissante du sport au mouvement de tolérance et de respect et les contributions qu’il apporte à l’autonomisation des femmes et des jeunes, des individus et des communautés ainsi qu’à la santé et à l’éducation et les objectifs d’inclusion sociale.  » Grâce à ses multiples dimensions, le sport a un impact direct sur sept (7) des objectifs des ODD. Ce sont :

  • Objectif 3: Bonne santé et bien-être

« Grâce au sport, les individus peuvent adopter des modes de vie actifs qui améliorent le bien-être, la santé et préviennent les maladies, en particulier les maladies non transmissibles. Le sport peut être un outil efficace d’éducation sanitaire et de sensibilisation à une vie saine, en particulier parmi les personnes et les communautés difficiles à atteindre ou vulnérables telles que les réfugiés.NU, 2014).

  • Objectif 4: Éducation de qualité

« Le sport et l’éducation physique peuvent motiver les enfants et les jeunes à fréquenter et à s’engager dans une éducation formelle et informelle, ainsi qu’à améliorer les performances scolaires et les résultats d’apprentissage. Le sport peut enseigner des compétences de vie transférables et des valeurs clés telles que la tolérance, l’inclusion et peut conduire à des opportunités d’apprentissage au-delà de l’école. (ONU,2014)

  • Objectif 5: Égalité des sexes

« Le sport peut contribuer à l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes et des filles en autonomisant les individus, en particulier les femmes, et en les dotant des connaissances et des compétences nécessaires pour progresser dans la société. Le sport peut plaider en faveur de l’égalité des sexes, s’attaquer aux normes de genre contraignantes et offrir des espaces sûrs inclusifs. (ONU, 2014)

  • Objectif 8 Travail décent et croissance économique

« Le sport peut promouvoir une croissance économique inclusive et durable en alignant la production et l’emploi sur les normes du travail, en particulier en étant à l’abri du travail des enfants ou du travail forcé et des discriminations de toutes formes. Elle peut créer des opportunités d’emploi pour tous et développer des compétences améliorant l’employabilité qui sont transférables sur le lieu de travail. »

(ONU, 2014)

  • Objectif 11 Villes et communautés durables

« Le sport peut aider à éliminer les obstacles et les barrières dans l’environnement, les transports, les installations et services publics pour garantir l’accès de tous, y compris des personnes confrontées à ces obstacles et en situation de vulnérabilité comme les personnes handicapées. Il peut également promouvoir l’utilisation d’espaces publics sûrs où diverses populations peuvent interagir et créer des relations amicales. » (ONU, 2014)

  • Objectif 16 Paix, justice et institutions solides

« Le sport constitue une plateforme de communication puissante pour diffuser des messages de solidarité et de réconciliation et pour favoriser une culture de paix et de dialogue, notamment en promouvant les valeurs fondamentales du sport telles que le respect, le fair-play et le travail d’équipe. Les institutions sportives peuvent être efficaces, responsables et inclusives en respectant les droits de l’homme et en luttant pour une bonne gouvernance. » (ONU, 2014)

  • Objectif 17 Partenariats pour les objectifs

«La portée mondiale, la popularité inégalée et le caractère universel du sport en font un moyen polyvalent de mise en œuvre. Le sport peut mettre en commun des ressources, créer des synergies et bâtir des réseaux et des partenariats multipartites pour le développement durable et les objectifs de paix en réunissant une grande variété d’acteurs de différents secteurs. » (ONU, 2014)

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