URBANISATION EN AFRIQUE UNE CHANCE POUR LE DEVELOPPEMENT DURABLE ?

Ou comment exploiter le potentiel extraordinaire de changement et de transformation des villes ?

L’organisation des villes pourrait devenir, au XXI siècle, une « ressource » aussi importante que le pétrole au XX siècle et la terre agricole dans les sociétés préindustrielles. Jean Haëntjens et Stéphanie Lemoine.

Le succès des ODD sera déterminé dans une large mesure dans les villes du monde, qui sont au cœur de la création d’emplois, de l’élimination de l’extrême pauvreté, d’une croissance économique inclusive et de la durabilité environnementale. Aromar Revi et al.

  • L’URBANISATION, UN POTENTIEL EXTRAORDINAIRE DE CHANGEMENT ET DE TRANSFORMATION A EXPLOITER

Le développement durable puise ses racines dans les années soixante-dix avec le constat de la limite d’un mode de croissance, épuisant les ressources naturelles et reléguant une grande partie de l’humanité dans la pauvreté. Le Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat), l’agence onusienne chargée de promouvoir socialement et écologiquement les villes durables a été créé en 1975, incluant déjà, les villes dans les enjeux globaux de développement. En effet, le fonctionnement des villes laissé aux imperfections et à la défaillance du marché ou sans investissements dans des infrastructures de bases qui stimulent le développement des activités économiques, produit des externalités négatives qui dégradent l’environnement, limitent la productivité et accroissent les inégalités. Consacré par le Sommet de la Terre de Rio en 1992, le développement durable est aujourd’hui inscrit dans les orientations politiques nationales et internationales.

Cependant, il faut attendre jusqu’à 2015 pour voir  les villes reconnues comme un des objectifs de développement durable inscrit à l’agenda 2030 ; l’Objectif n°11. Les villes sont des plaques tournantes pour les idées, le commerce, la culture, la science, de la productivité, le développement social et bien plus encore. Considérées sous leur meilleur jour, les villes ont permis à leurs habitants de progresser sur les plans social et économique.

Toutefois, le potentiel de développement des villes n’est pas automatique. Il requiert pour être effectif, une implication forte des Etats, une vision, une planification et des investissements publics coordonnés, prioritairement axés sur les infrastructures. Ces infrastructures qui sont les catalyseurs de la vie économique, sociale et culturelle ; Infrastructures et services de transport, Zones économiques spéciales(ZES), Infrastructures et services de télécommunication, systèmes d’énergie, systèmes de traitement d’eau potable et usée, réseau de collecte et de traitement des déchets ménagers, réseaux d’approvisionnement alimentaire, parcs de logements décents, etc.

Pour Edward Glaeser (des Villes et des Hommes….), «les villes magnifient la force humaine». Elles stimulent l’innovation en facilitant les interactions en face à face, elles attirent les talents et les affinent par la concurrence, elles encouragent l’esprit d’entreprise et elles permettent la mobilité sociale et économique.

  • LA NAISSANCE D’UNE NOUVELLE CIVILISATION AU 21EME SIÈCLE ; LA CIVILISATION «URBAINE ET EN RÉSEAU»

Le nombre de personnes vivant dans les villes devra atteindre 5 milliards d’individus d’ici à 2030 pour une population urbaine de 3,8 milliards aujourd’hui. Les villes sont les infrastructures qui définissent le plus l’espèce humaine. Pour Parag Khanna le monde se caractérise par l’expansion  des villes qui deviennent de plus en plus connectées à travers le transport, l’énergie et les réseaux de communication ; nous évoluons de la géographie vers ce qu’il appelle la « connectogéographie ». La connectographie représente un bond en avant dans la mobilité des gens, des ressources et des idées, la connectivité, et non  la souveraineté, est devenue le principe d’organisation de l’espèce humaine.

Les gens migrent vers les villes pour être connectés, et la connectivité est la raison pour laquelle les villes prospèrent. Les infrastructures de réseau facilitent les flux des personnes, de la finance, de la technologie qui permettent aux villes de prospérer. Réduire les distances, baisser les coûts des transactions, faciliter et accélérer les échanges des idées, des ressources et des biens, est le rôle prépondérant que jouent les infrastructures de réseau dans le fonctionnement des villes et le développement des activités économiques.

 Ce réseau d’infrastructures se compose de plus de  64 millions de kilomètres de routes, de 4 millions de kilomètres de voies ferrées, 2 millions de kilomètres de pipelines, et un 1 de kilomètre de câbles Internet, pour moins de 500 000 kilomètres de frontières étatiques. Nous devenons cette civilisation mondiale en réseau car nous sommes en train de la construire. Le projet baptisé Belt and Road Initiative (BRI) ou les nouvelles routes de soie, lancé en 2013, a pour objectif d’améliorer les voies de communication et la coopération à l’échelle transcontinentale de la Chine. Ces nouvelles routes sont terrestres (autoroutes, voies ferrées, gazoducs…), maritimes et aériennes, mais aussi numériques, énergétiques, financières et juridiques. En Mai 2020, Facebook prévoit d’interconnecter 23 pays d’Afrique, au Moyen-Orient et à l’Europe par câble sous-marin de 37 000 kilomètres soit quasiment l’équivalent de la circonférence de la Terre.

La connectivité accompagne et accélère l’expansion des villes et la mondialisation. Parag Khanna dira que La connectivité a une tendance jumelle au 21ème siècle, l’urbanisation planétaire.

Les infrastructures jouent un rôle crucial pour faire en sorte que les villes continuent de générer des emplois et de la prospérité.

  • DES SOLUTIONS URBAINES FACE AUX DÉFIS PLANÉTAIRES 

A l’ère de la civilisation urbaine, le monde devrait capitaliser et exploiter le potentiel extraordinaire de changement et de transformation des villes,  manifesté au cours de l’histoire des villes et de l’humanité.

Toutes les grandes causes sociales de l’histoire ; l’abolition de l’esclavage des noirs, le vote des femmes, la lutte contre l’apartheid, etc. ont toutes été combattues et remportées dans les villes. Par ailleurs, les villes ont offert et offrent encore des solutions alternatives par une réorganisation spatiale pour contenir la maladie en attendant la mise en place de moyens thérapeutiques dans la lutte contre la plupart des grandes pandémies et des crises sanitaires y compris la COVID-19. Les réseaux de voirie moderne, d’eau potable, d’assainissement, de collecte et d’élimination des ordures ménagères, et tout récemment le renforcement des réseaux d’internet et des systèmes de télétravail, etc., sont les stigmates laissés par les luttes contre les pandémies.

Aujourd’hui face aux défis du Développement Durable, les villes sont regardées comme les lieux où s’inventent toutes les solutions : des nouveaux modèles économiques (circulaire, collaboratif, résilient…) aux systèmes énergétiques émergents (solaire, méthanisation, géothermie…), en passant par des modes de mobilité novateurs (transports par câble, voiture électrique, vélos…), des formes culturelles inédites (art urbain, festivals, événements…) et des pratiques de la démocratie renouvelées (participation citoyenne, cité wiki…), selon Jean Haëntjens et Stéphanie Lemoine.).

Elles concentrent presque toutes les activités industrielles, les services de haut niveau et offrent la plupart des emplois et mieux rémunérés. Ainsi, les villes qui n’occupent que 3 % de la masse continentale mondiale, consomment entre ,95%  60 % et 80 % de l’énergie mondiale et produisent 75 % à 80% des émissions de carbone.

  • VERS UNE URBANISATION DURABLE EN AFRIQUE

Selon les Prévisions de ONU-HABITAT, l’Afrique achèvera sa transition urbaine vers 2030 et au plus tard en 2050. Maintenant est le moment d’investir massivement dans les villes pour les rendre fonctionnelles, productives, compétitives et durables. Ce, d’autant plus que le continent est en voie de réaliser sa transition démographique, avec de nombreux jeunes en âge de travailler et en quête d’emplois décents. En fait, le retard économique du continent s’explique en grande partie par le sous-investissement chronique consacré à ses villes et dans les infrastructures en général. Les villes et les industries ont besoin d’électricité pour un fonctionnement efficace, de routes et de services de transport pour les échanges des ressources, des biens et des talents et de réseaux et services d’Internet abordables pour la circulation des idées et des informations.

L’Afrique peut et doit choisir d’investir dans des infrastructures et dans des processus de production et de consommation durables. Participer et adopter les nouvelles solutions de développement durable qui s’expérimentent dans les villes du monde ; économie circulaire, collaboratif et résilient…, systèmes d’énergie propre comme le solaire, la méthanisation, la géothermie…, les modes de mobilité novateurs tels les transports par câble, la voiture électrique, la voiture autonome, la micro-mobilité…, etc., est la voie à suivre. Cela exige un engagement total des Etats et de leurs partenaires au développement à adopter une vision de développement durable et des actions axées sur les villes. D’impliquer la diaspora au financement du développement, en proposant des projets viables et durables tels le développement des Zones économiques Spéciales (ZES), etc.. Mais aussi à organiser ses réseaux de villes et faciliter leurs insertions aux seins des institutions de coopération internationale de villes comme le C40, le CGLU, ICLEI, etc. qui sont au premier rang dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour le développement durable dans le monde. Enfin, soutenir et fédérer les initiatives des acteurs du développement urbain au niveau des pays (clubs d’entreprises, associations, institutions, etc.) qui sont engagés dans le processus de développement durable.

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