L’URBANISATION EN AFRIQUE, UNE POTENTIALITE ET UNE CHANCE POUR LA PROMOTION DE LA SANTE PUBLIQUE?

« Chaque fois que la médecine n’était pas capable de juguler des crises sanitaires on a fait appel à l’espace et à l’environnement pour les résoudre à titre préventif. », Albert Lévy

La pandémie du COVID-19 est une illustration du rôle des villes dans la lutte contre la maladie en l’absence de médicaments et de vaccin. Pour juguler la crise, une nouvelle utilisation de l’espace a été imaginée pour limiter la propagation du virus favorisée par la proximité ou la densité de population. Ainsi, la réorganisation des activités en milieu urbain illustrée par l’adoption de mesures phares telles que la mise en quarantaine des malades, le confinement, la distanciation sociale et les mesures barrières a été  mis en œuvre.

Ainsi, cette menace mondiale a agi aussi comme un révélateur d’un fait majeur de ce siècle : la force des villes. Pour la première fois, nous devons réfléchir et agir sur la santé des citoyens, en ne leur apportant pas uniquement un soin médical, mais en leur proposant un autre rythme de vie, une autre sociabilité.

En fait, la lutte contre les crises sanitaires en milieu urbain remonte aux XVIIIème siècle et le début du XIXème caractérisés par une surmortalité effrayante  dans les villes, 36, 1% en moyenne contre 23,7% dans les campagnes, l’espérance de vie était de 25 ans. Les conditions de vie, d’habitat, l’entassement, la densité, la saleté, la puanteur, la mixité homme et animaux dans la ville étaient jugés responsables de cette surmortalité et des épidémies infectieuses qui se répétaient ; épidémies de choléra, variole, rougeole, scarlatine, typhoïde, etc. Les techniques spatiales hygiénistes de contrôle de ces maladies ont été  mises en œuvre en l’absence de réponse médicale face à des menaces sanitaires inconnues. Les équipements de salubrité issus de ces techniques destinées à modifier la situation sanitaire de la ville ont permis de passer du seau au robinet, de la fosse d’aisances à la station d’épuration et du tas d’ordures à l’usine d’incinération. Ces crises sanitaires ont amené à recourir à l’urbanisme et à la gestion de l’espace. C’est à ce moment qu’on invente l’urbanisme d’assainissement, avec des figures comme Haussmann.

En définitive, la santé en milieu urbain découle moins des services de soins eux-mêmes que de l’amélioration des conditions de vie et  requiert une vision globale et une approche intégrée prenant en compte toutes ses dimensions et implications, appelé « déterminants de santé ». Selon le « Canadian Institute For Advanced Research » les impacts des déterminants sur la santé seraient distribués de la manière suivante :

  • Environnement social et économique (alimentation ; activité physique, éducation, lien social, emploi, revenu, etc.) : 50% ;
  • Environnement physique (qualité de l’air, de l’eau, bruit, etc.) : 10% ;
  • Système de soins : 25% ;
  • Biologie et génétique : 15%.

60% de l’état de santé d’un individu est défini par ses conditions de vie socio-économique et l’environnement physique.

  • VERS UN URBANISME FAVORABLE A LA SANTE

Les conditions de vie dans les villes sont globalement meilleures en milieu urbain qu’en milieu rural; l’amélioration du logement, de l’assainissement, de la ventilation et des services sociaux jouent tous un rôle important dans cette amélioration.  Toutefois, la résurgence de maladies non transmissible remet en question les impacts de la Charte d’Athènes qui a consacrée la naissance de l’urbanisme. En effet, en 1933, le Congrès International d’Architecture Moderne (CIAM) réuni à Athènes fut consacré à la ville fonctionnelle. La charte d’Athènes est le texte issu de ce congrès. Quatre fonctions, habiter, travailler, circuler, se délasser furent retenues comme majeures et devant être séparées dans la ville. L’idée était de faire disparaître quartiers anciens et rues étroites pour permettre la construction de voies larges mieux adaptées à la circulation automobile porteuse d’avenir et de progrès. Le nouvel habitat, aux logements standardisés, consistait en des immeubles, géométriquement ordonnés, assez hauts pour bénéficier d’un air plus pur et d’une meilleure lumière.

 Pour les critiques, la Charte d’Athènes a permis surtout de réduire l’espace public au maximum, au profit des voitures avec des conséquences désastreuses telles l’étalement urbain, la congestion, la pollution de l’air, la réduction des moyens de mobilité active (marche, vélo, etc.), etc. L’adoption du tout automobile dans la planification urbaine a entraîné des modes de vie sédentaire et la montée des pollutions du au transport. De plus, avec les avancées de la médecine et de la pharmacologie, le tout curatif vient remplacer progressivement le préventif, entraînant dans la deuxième moitié du XXème siècle, le divorce entre urbanisme et santé.

Or, selon Anne Roué-Le-Gall  « Nous vivons actuellement une véritable transition épidémiologique, marquée par une explosion des maladies chroniques » explique l’architecte. Ce sont les cancers, maladies cardio-vasculaires, maladies respiratoires, asthme, allergies, obésité, diabète… mais aussi les souffrances mentales, l’autisme ou la baisse de la fertilité masculine. Non transmissibles, ces maladies sont directement liées à nos modes de vie, notre alimentation et notre environnement : « On parle d’épidémie parce que ça touche énormément de personnes, et de plus en plus ». Pour faire face efficacement à cette crise sanitaire silencieuse, il faut un retour de l’approche sanitaire préventive dans l’aménagement urbain.

  • URBANISATION EN AFRIQUE, UNE OPPORTUNITÉ POUR LA PROMOTION DE LA SANTE PUBLIQUE

L’urbanisation est un phénomène irréversible et l’avenir de l’humanité sera incontestablement urbain. Dès lors, il est urgent d’accompagner le développement urbain et de lui reconnaître sa place au sein des politiques publiques afin de tirer parti de son potentiel de développement et de réduction de la pauvreté dans les villes comme dans les campagnes. Le nombre total de nouveaux résidents urbains par semaine au cours de la dernière décennie était en moyenne de 1,2 million. C’est en Afrique et en Asie que la croissance rapide actuelle se produit.

Cette urbanisation s’accompagne sur le plan sanitaire, une préoccupation d’autant plus fondée qu’elle représente clairement un danger de par l’influence de nombreux aspects de la santé et du bien-être des populations. Si la croissance urbaine rapide se combine avec un habitat de moindre qualité ou informel, la pollution environnementale, le déclin économique, une pauvreté grandissante, l’insécurité et le manque d’accès aux services de base au point que les gestionnaires des villes soient incapables de protéger les habitants des risques dont sanitaires, l’urbanisation peut alors représenter un danger ou une menace pour la santé.

L’Afrique est à l’aube de sa transition urbaine avec un taux d’urbanisation d’un plus de 50% projeté en 2050. L’expérience de nombreuses villes dans des pays développés montre que l’urbanisation ne constitue pas forcément une menace pour la santé si elle est bien planifiée et offre de nombreuses opportunités aux citadins de promouvoir leur bien-être. Celle-ci peut même être une formidable chance pour la promotion de la santé en tant que facteur de développement durable en milieu urbain. L’Afrique doit adopter dès maintenant les méthodes de planification urbaine durable en lien avec les ODD et des politiques publiques claires pour l’élimination des quartiers précaires dans les dix (10) ans à venir afin de permettre aux habitants d’avoir une vie longue, productive et en bonne santé.

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