GENERALISER LES « POLITIQUES NATIONALES DE LA VILLE (PNV) » POUR TRANSFORMER LES ECONOMIES EN AFRIQUE ET DONNER DU REVE AUX JEUNES.

OU COMMENT TRANSFORMER PLUS DE 60 ANS DE POLITIQUES ECONOMIQUES BASÉES SUR LE SECTEUR PRIMAIRE  A  DES  ECONOMIES TIRÉES PAR  L’INDUSTRIALISATION ?

Pourquoi s’intéresser aux villes : Parce que « c’est là où se trouveront les gens ». La population urbaine du continent africain atteindra 50 % en 2030, comparé à 36 % en 2016 (ONU-HABITAT). Les villes concentreront la majorité de la population, l’essentiel des talents pour la création et la gestion des emplois du secteur moderne, elles sont aussi les centres d’innovation et les lieux où se réalisent les changements ; technologiques, culturels, sociaux, économiques, etc.

Ce sont surtout des marchés de consommation ; les populations qui sont occupées majoritairement par des activités non agricoles sont des consommateurs nets de produits agricoles au contraire des populations des zones rurales, mais aussi de produits industriels et de services. Les villes sont indispensables au développement du secteur rural par la fourniture de services divers ; financiers, technologiques, recherches scientifiques, envois de fonds, etc.

De plus, les villes concentrent les pouvoirs politiques et économiques et sont les lieux par excellence de renforcement de la gouvernance.

 Les villes sont généralement définies comme les lieux où se concentrent un grand nombre de populations et où la majorité des activités pratiquées est non agricole. Les villes concentrent donc les activités des secteurs secondaire et tertiaire de l’économie, c’est-à-dire les industries, les services et la haute technologie ; 85% du PIB global est généré dans els villes. Ces activités dépendent presqu’entièrement de l’électricité ou de l’énergie en général, des infrastructures et services de transport et de télécommunication, abondants, sûrs et abordables. L’ensemble des villes d’un pays constitue un système de villes complémentaires et interdépendantes composé d’un petit nombre de grandes villes, de peu de villes moyennes et d’un très grand nombre de petites villes. A ce système de villes au niveau national, il faut ajouter les villes situées le long des corridors de développement qui constituent des réseaux de villes, quelle que soit leur place dans la hiérarchie urbaine pré-décrite et qui sont  issus d’une démarche volontariste d’alliance et de coopération entre nations. Il s’agit donc d’un projet politique. Cette forme d’organisation urbaine entraine des transformations d’ordre institutionnel qui se superposent aux dispositions organisationnelles des systèmes de villes nationaux. Ces villes qui sont reliées aux villes régionales et aux villes du reste monde entier, sont  plus  susceptibles d’attirer les Investissements Directs  Étrangers (IDE). Ces réseaux de villes sont reliés au reste du monde par des métropoles portuaires et/ou aéroportuaires qui ont émergé avec la mondialisation de l’économie et des échanges à destination d’autres métropoles des pays enclavés. Les métropoles sont de plus en plus choisies comme pôles de développement économique régional au niveau des pays.

L’ensemble des villes d’un pays constitue donc un ensemble complexe de systèmes de villes, de réseaux urbains et de métropoles régionales et sous-régional indispensables au développement économique des pays et des sous-régions et qui doit être organisé au niveau national par l’Etat central.

Pour aider les Etats dans leur démarche d’élaboration de leur Politique Nationale de la Ville, l’ONU-HABITAT a publié un document d’orientation intitulé « POLITIQUE NATIONALE URBAINE: UN CADRE D’ORIENTATION ». Il définit la Politique Nationale de la Ville comme suit :

« Une Politique Nationale  de la Ville (PNV) est un outil essentiel pour le gouvernement national qui, lorsqu’elle est élaborée en consultation avec d’autres parties prenantes, peut fournir une opportunité de contrôler l’urbanisation et de tirer parti des opportunités de l’urbanisation. Ce faisant, un NUP peut aider à promouvoir des villes productives, prospères et respectueuses de l’environnement. La valeur d’un PNV n’est pas seulement dans le produit, mais aussi dans le processus. Le développement d’un PNV peut promouvoir de bonnes pratiques, telles que la consultation des parties prenantes, le développement des capacités et l’évaluation des processus politiques nationaux. L’intégration de ces leçons dans les futures pratiques politiques peut favoriser le changement des systèmes et l’apprentissage institutionnel. Ce cadre est conçu pour décrire les principaux éléments et instruments du processus d’élaboration des politiques à travers les cinq phases du PNV: faisabilité, diagnostic, formulation, mise en œuvre, suivi et évaluation ». « Cette action est nécessaire pour maîtriser et orienter le processus d’urbanisation au bénéfice de tous et doit englober des zones géographiques entières. La nouvelle génération de politique urbaine nécessite désormais une approche qui va au-delà de l’approche limitée de l’aménagement du territoire qui a traditionnellement été considérée comme adéquate pour définir les domaines politiques «urbains». Les problèmes sociaux complexes qui se manifestent dans les zones urbaines nécessitent une approche plus large de la politique urbaine et un niveau plus élevé de coordination verticale et horizontale, ainsi que des partenariats créatifs en dehors du secteur public ».

 Le continent africain est à l’aube d’une double transitions ; démographique et urbaine avec 12 millions de personnes qui intègrent sa population active chaque année principalement dans les villes. Et à l’ère de la mondialisation et à l’aube d’une quatrième révolution industrielle, le rôle des villes africaines et l’urbanisation doit être pris en compte dans la planification économique, spatiale et démographique à long terme du continent. En plus du cadre d’orientation de l’Onu-Habitat, la Politique de la Ville doit être en cohérence avec les agendas continentaux et mondiaux, notamment l’Agenda 2063 de l’Union Africaine ; l’Agenda 2030 des Objectifs de Développement Durable ; les Accords de Paris sur les changements climatiques ; le Nouvel Agenda Urbain Mondial de Habitat III.

 Au moment où plusieurs pays industrialisés et leurs entreprises multinationales s’intéressent à l’Afrique à travers les sommets du G20 ; Chine ; Europe ; Allemagne ; Japon ; Etats-Unis ; Inde ; Turquie ; Russie-Afrique, l’élaboration d’une Politique Nationale de la Ville permet de définir des projets stratégiques et structurants d’infrastructures pour rendre les villes productives, compétitives, sûres et durables. L’Agence française de développement et la Banque mondiale estimaient les besoins annuels d’investissement dans les infrastructures africaines à 93 milliards de dollars et le gap annuel de financement à 31 milliards de dollars. Selon la Société financière internationale (IFC) du groupe de la Banque Mondiale malgré une croissance indiscutable des investissements dans les infrastructures, les besoins restent significatifs : seule 35 % de la population africaine bénéficie d’un accès à l’électricité, la densité du réseau routier a diminué en 20 ans et le taux de couverture des installations sanitaires n’est que de 30 %. La participation du =secteur privé est incontournable. Reste aux Etats africains à créer les conditions d’une participation massive et transparente de ce secteur dont une des étapes est la généralisation des PNV.

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