URBANISATION, CORRIDORS DE DÉVELOPPEMENT ET MONDIALISATION

 

« Nulle part les terribles inefficacités de l’Afrique ne sont plus criantes que dans le Réseau africain d’infrastructures régionales de transport (ARTIN), destiné à relier les principaux centres de commerce entre eux ainsi qu’avec le reste du mondepar des réseaux et des plates-formes modernes et efficaces ». « Aujourd’hui, l’Afrique est le continent le moins intégré du monde, avec un faible niveau d’échanges économiques intrarégionaux et la plus petite part du commerce mondial ; 3%. L’inefficacité des infrastructures coûte des dizaines  de milliards de dollars par an et handicape la croissance ». Programme de Développement des Infrastructures en Afrique (PIDA)

« Le continent Africain notamment sa partie subsaharienne, manque encore cruellement de pays pouvant servir de base industrielle capable d’absorber les matières premières venant des économies voisines et ainsi permettre la création, comme cela est la cas en Asie, de chaînes de productions régionales » (Jeune Afrique, 2016)

Le RWANDA  et l’ETHIOPIE, deux pays cités en exemple pour leur dynamisme économique sur le continent, avec des taux de croissance parmi les plus élevés au monde, ont la particularité d’être tous les deux, deux pays dont les populations ont été profondément divisées par des conflits internes, et dont les économies et les infrastructures ont été détruites par la sécheresse, le génocide et la guerre civile. Mais ce sont surtout deux pays enclavés, dont l’économie dépend presque entièrement des corridors de transport régionaux appelé aussi corridors de développement. La connexion de leurs économies aux marchés extérieurs et à la mondialisation se fait à travers  ces corridors via les villes portuaires régionales. Le développement de ces pays enclavés, seize (16) au total en Afrique dépend de la coopération régionale et devrait profiter à l’ensemble de  leur région.

Ainsi, avec l’entrée en vigueur de l’accord de la Zone de Libre Echange Economique Continental (ZLEC) et la réaffirmation de l’intégration régionale et continentale comme stratégie de développement, les corridors de développement des différentes Communautés Economiques Régionales (CER) vont jouer un rôle de premier plan pour desservir les centres de productions et de consommation à l’intérieur du continent, mais aussi pour approvisionner les marchés internationaux.

Les corridors économiques doivent permettre de créer de vastes marchés régionaux interconnectés et favoriser l’émergence d’industries de transformation des matières premières locales basées sur les  potentialités de chaque zone géographique.

 Le constat actuel est que l’essentiel des Investissements Directs Étrangers (IDE) se concentrent dans les villes desservies par les corridors économiques, principalement dans les villes portuaires et les villes de destination finale des flux, majoritairement les capitales des pays importateurs et/ou exportateurs. Les infrastructures qui relient les deux pôles des corridors créent des opportunités d’investissements tournés vers l’export dans les réseaux de villes situées tout au long de ces structures de connexion. Ces réseaux de villes qui s’étendent au-delà des frontières nationales doivent supporter les activités motrices (industries exportatrices, ports secs, etc.), c’est-à-dire des activités qui entraînent dans leur croissance ou dans leur déclin l’ensemble de l’économie régionale.

  •  ACCÉLÉRER LA CONSTRUCTION DES CORRIDORS DE DÉVELOPPEMENT

Un corridor de transport est une structure multimodale composée d’axes routiers, ferroviaires, fluviaux ou encore aériens, fournissant alors une connexion économiquement efficiente entre des centres d’activités économiques d’une ou plusieurs zones enclavées d’un ou de plusieurs pays à un pays voisin ayant un accès maritime. Les corridors les plus modernes se composent également des oléoducs, gazoducs, des lignes à haute tension ou de la fibre optique (Ronan Porhel et Alain Léon, 2014).

Selon la Banque Africain de Développement (BAD), le concept de corridor économique ou de corridor de développement désigne l’idée d’utiliser les corridors de transport comme moyen de développer les régions situées alentour. Selon cette approche, les voies de transport régionales ne sont plus considérées comme devant servir uniquement à acheminer des marchandises et des services, mais aussi comme un moyen de stimuler le développement social et économique des zones avoisinantes. Cet appui vise à stimuler les échanges commerciaux interrégionaux et mondiaux et à encourager l’intégration des marchés. Les ports sont les portes d’entrée de l’Afrique à la Mondialisation et sont responsable loin devant les aéroports des mouvements de biens entre le continent et le reste du monde. Les corridors renforcent l’intégration des villes desservies à la mondialisation et rendent toutes les villes desservies aux investissements tournés vers l’export, au niveau régional et/ou international.

Accélérer la construction de ces corridors est un impératif. Ils constituent pour le NEPAD et le PIDA une grande priorité. Dix (10) projets routiers dont un projet pilote de corridor intelligent sont retenus par le PIDA, tandis que des organisations sous régionales comme l’UEMOA,  en a identifiée onze (11) qui sont complémentaires aux projets du PIDA pour la sous-région. Toutefois, ces projets portant prioritaires, tardent à entrer dans leur phase d’exécution.

Si l’Ethiopie et le Rwanda, deux pays  qui ont accumulé de lourds handicaps au développement ; sécheresses, Génocide, guerre civile, famine, enclavement, des pays encore largement ruraux, etc. sont en phase de réussir leur décollage industriel, tous les pays du continent y compris les pays post-crise (guerre civiles, ébola, etc.) peuvent y arriver rapidement pourvu qu’ils se donnent le leadership, la vision et engagent les réformes indispensables.  Les corridors de développement peuvent jouer le rôle de détonateur.

  • INTÉGRER PLEINEMENT LA GLOBALISATION

La globalisation de l’activité économique a fait émerger une nouvelle division internationale du travail. Les chaînes de valeur des acteurs économiques sont désormais organisées à l’échelle mondiale, et ces acteurs vont ainsi décomposer leur processus de production à l’échelle du monde et à l’échelle internationale: on parle de décomposition internationale des processus de production. Les acteurs majeurs de cette nouvelle division internationale du travail, les firmes multinationales vont tirer parti des avantages de localisation absolus et comparatifs à l’échelle de l’ensemble du monde à travers des Investissements Directs Etrangers (IDE) fais parfois de délocalisation vers les pays où la main-d’œuvre est bien formée et moins chère. Tous les pays sont donc en concurrence pour attirer les IDE sur leur territoire. Les infrastructures de connectivité, et, singulièrement les corridors de développement, portes d’entrée sur le monde, sont essentielles pour ces firmes dont la production est destinée aux marchés mondiaux. Pour y arriver les différentes Communautés Economiques Régionales, les organisations sous régionales et les doivent coordonner leurs efforts pour réaliser des infrastructures portuaires, aéroportuaires, routières et ferroviaires, etc., de standard international, à même de rivaliser avec les meilleures infrastructures au niveau mondial. La plupart des IDE sont menés depuis des villes et à destination de villes. Préparer les réseaux de villes situées le long des corridors et toutes les villes à recevoir des activités industrielles compétitives doit compléter les investissements dans les corridors de développement.

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